Le Saint-Élias
Par l'auteur
Jacques Ferron

Dans «Le Saint-Élias», grâce au talent de conteur de Jacques Ferron, le Québec prend les couleurs d'un pays de légende. -Gabrielle Poulin
Le
Saint-Élias est le livre de l'extrême détresse devant la vie menacée, humiliée, sacrifiée, celui de l'extrême tendresse aussi qui, pour tenir en respect le cynisme et le désespoir, s'obstine, malgré l'intolérable, à laisser «ce pauvre petit homme», à «la fille de tous les hommes», pour la continuité, quelques signes de beauté.
[...]
L'écriture, prenant sur elle le tragique, garde ouvert un espace de liberté où il soit possible d'intervenir contre l'intolérable. C'est, je crois, parce qu'il y maintient cette sorte d'équilibre tendu et toujours menacé du gratuit et du nécessaire que Ferron livre avec
Le Saint-Élias l'un de ses plus beaux et graves textes, qui évoquera toujours pour moi le chant troublant de la cigale au fugitif apex de l'été.
- Pierre L'Hérault (extrait de la préface)
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:: Critiques
« Le prolifique Jacques Ferron vient de nous donner un livre attachant. Pour la première fois, il dépasse le sarcasme, un certain cynisme. Il dit tout haut ce qu’il aime. Il fait voir des personnages qui aiment. Qui s’aiment les uns les autres. Ferron ne joue plus! Le Saint-Élias, qui est un beau voilier de Batiscan, près de Trois-Rivières, n’est qu’une figure. De proue, bien entendu. Derrière, à terre, Ferron nous montre un médecin athée, un curé-chanoine de grand cœur, un vicaire en santé précaire qui acceptera la femme, la chair, la vie à continuer. Une vie nouvelle s’agite, le manuel d’histoire est déchiré. Ferron se hisse au-dessus de ses nombreux livres, il a fait un triage, il émerge de ses grimaces et de ses facéties passées, et il nous donne la petite histoire de quelques Québécois vivants et cela avant la guerre 14-18, après le sombre épisode de la rébellion des patriotes de Papineau. »
Claude Jasmin, L'Actualité, 1900-01-01
« Ce roman, comme tous ceux de Jacques Ferron, est avant tout un ouvrage satirique. Puisant dans l’histoire (la petite, celle qui est la plus vraie) et l’anecdote, il met en présence des individus et des faits avec lesquels il s’amuse. Pour le commun des mortels, vous et moi, il n’est pas nécessaire d’aller vérifier s’il est bien vrai que le Saint-Élias fut un trois-mâts lancé à Batiscan, que l’abbé Armour Lupien a bel et bien existé et qu’il ait écrit un roman «dit d’action et d’aventure», que Mgr fit «un pèlerinage dans le champ du Potier pour faire ses religions à une grande idole à la face plate et aux totons tous nus», ou que Samuel Butler rédigea à Montréal son célèbre roman Erewhon (pays où les maladies humaines sont des fautes et le vol une indisposition excusable. On voit là un rapprochement avec les œuvres de Ferron). Des forts en thèse se chargeront de faire ces recherches. Nous lisons Ferron avec le sourire; il se moque de tout et de tous. Sans compter qu’il nous révèle un passé et une société qu’on ignorait. »
Jean-Yves Théberge, Le Canada français, 1900-01-01
« Le «Saint-Élias» appartient aux romans de la seconde manière. Les personnages fabuleux que Ferron suscite ou ressuscite nous sont presque familiers. Dans les romans de l’autre manière, celle de La Charrette ou de La Nuit, le fantastique s’embrouillait lui-même, comme pris dans son propre mouvement; le lecteur risquait de se perdre dans la recherche, souvent vaine, de significations symboliques. À l’apparente gratuité de ces romans, a succédé l’intention nette d’être compris, de dessiner et de retoucher au besoin les vraies frontières des provinces québécoises, celles de la géographie mais aussi celles de l’âme. Ce mouvement est en réalité un retour, car Le «Saint-Élias» est un long conte, ou plutôt une succession de contes que relie un événement de nature anecdotique, la construction par les gens de Batiscan d’un trois-mâts qui donne au livre son titre.
[…]
Une nature morte qui s’anime
Ainsi est-il plus urgent de signaler l’actualité des thèmes que reprend Jacques Ferron d’un roman à l’autre, plutôt que de s’attarder vainement à une esthétique littéraire d’une exceptionnelle qualité et dont d’ailleurs il a été longuement question dans l’essai capital de Jean Marcel, Jacques Ferron par lui-même (Jour). Il y a évidemment le thème du pays, dégagé pour la première de la (belle) langue poétique qui fut sa principale tentative d’exposition pendant plusieurs années. Le pays poétique était assez flou, encombré à plein vers les rivières, de montagnes, d’arbres et, surtout, de neige: c’était un pays sans provinces et souvent, à part quelque femme un peu mythique, sans habitants. Chez Jacques Ferron, dont la poésie est d’un autre ordre, le pays n’est pas une nature morte: il parle, il vit, tantôt en Gaspésie, tantôt en Beauce, ailleurs encore. Dans Le «Saint-Élias», la région de Batiscan devient le centre du monde, comme cela est naturel.
On ne résume pas un conte sans trahir, encore moins plusieurs. Mais il faut s’émerveiller devant la vérité de personnages comme le curé Tourigny, plus influent, dans son village de Batiscan et même au-delà, que l’évêque lui-même, comme le docteur Fauteux, mécréant et bon, qui est en réalité, par affinité de notables peut-être, le meilleur ami du curé: comme Marguerite Cossette, grande dame d’au moins six nations, dont la généalogie entortillée permet à Jacques Ferron d’affirmer une fois encore sa profonde sympathie pour les Amérindiens, dont nous serions tous plus ou moins les descendants. Et l’auteur du «Saint-Élias» d’y aller également d’un couplet sur la pollution, d’un autre sur le pillage scandaleux des forêts québécoises. Le tout baigne dans ce que la sagesse populaire a de meilleur.
»
Réginald Martel, La Presse, 1900-01-01
« […]
Le «Saint-Élias» est en fait une chronique: celle de Batiscan, beau nom de village québécois où vit une drôle de tribu, rassemblée comme il se doit autour des «valeurs» traditionnelles: le curé, le médecin et l’homme fort de la place, messire Philippe Cossette, propriétaire d’un pont péager, époux d’une femme à la lignée douteuse, mais noire de cheveux, à l’œil pétillant de malice. C’est dans ce petit monde qu’est baptisé le Saint-Élias, un trois-mâts, le seul bateau du genre bâti à Batiscan. Le sens de ce vaisseau est clair: il doit ouvrir le pays québécois. En prenant le fleuve et débouchant dans l’océan, il nous défenestre, il nous permet de sortir du pays.
[…]
Des portraits saisissants
La sympathie de Ferron va au bas clergé. Ecclésiastiques mis à part, il est l’un des seuls écrivains de chez nous à avoir compris que le p’tit curé québécois des p’tits villages québécois ne fut pas qu’un empêcheur de danser en rond. Le vrai p’tit curé québécois était un notable, comme Ferron. Ne serait-ce que pour la description qu’il fait du chanoine Tourigny, maître après Dieu et avant le puissant Mgr Laflèche du gouvernail de Batiscan, Le «Saint-Élias» serait déjà un livre fort recommandable.
L’une des plus belles pièces du «Saint-Élias», et pourquoi ne pas le dire, de notre littérature, est assurément la description des funérailles du docteur Fauteux. »
Victor-Lévy Beaulieu, Le Nouveau Samedi, 1900-01-01
« Copiant le style clair et imagé des romanciers d’antan, Ferron évoque le lancement du trois-mâts de Batiscan, le Saint-Élias. C’est le prétexte à des tableaux animés où revivent des gens d’autrefois. L’écriture rappelle celle du récit Menaud, maître-draveur. Ce «conte» garde la candeur et la grandeur d’âme des écrits de l’époque de Félix-Antoine Savard et de Lionel Groulx.
En premier lieu, le clergé, avec ses façons bien particulières de l’époque des pionniers, y prend la place de choix; on y parle en termes imagés de curés et de chanoines et, surtout, de Mgr Laflèche, l’intrépide ultramontain que les Trifluviens ont connu et aimé. Les intrigues d’Église, compliquées et embarrassées, cons-tituent la trame du récit. À chaque page, l’éloquence des ecclésiastiques enrobe de merveilleux les événements quotidiens de Batiscan: les naissances, les disputes et les morts. Dans ces conjonctures journalières opposant les personnages, on décrit leur comportement moral plus que les traits. Assez souvent, dans l’action qui se noue, on sent l’orage proche, signe des humeurs vives.
Le fantastique t’attend au détour, lecteur attentif et, si tu en es digne, tu parcourras jusqu’à la dernière ligne ce roman de haut vol dans lequel tu reconnaîtras, au-delà du style prolixe et du verbe volontairement grandiloquent, tes fiers ancêtres aux gestes drus. »
Alain Dufault, Le Bien public, 1900-01-01
:: Du même auteur au groupe VML
Théâtre II, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Les roses sauvages, VLB éditeur, 1990
Historiettes, VLB éditeur, 1990
Le ciel de Québec, VLB éditeur, 1990
Cotnoir, VLB éditeur, 1990
Le désarroi, VLB éditeur, 1990