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Andrée Ferretti




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© Mathieu Rivard
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:: Notice Biographique

Militante indépendantiste de la première heure, Andrée Ferretti s'est tournée vers l'écriture au début des années quatre-vingt. L'analyse historique, la réflexion philosophique et l'œuvre de fiction ont peu à peu remplacé les discours politiques; sans rupture toutefois puisque, chez elle, l'œuvre n'existe qu'enracinée dans une lutte contre toute forme de domination.
Elle a remporté le prix Alfred-DesRochers pour son roman Bénédicte sous enquête paru chez VLB éditeur en 2008.




:: Résumé de carrière

Mon père, Bertrand de son nom de famille, se prénommait Sylvio. Très jeune enfant, avant même de connaître l’existence d’une science telle que l’étymologie qui établit que le mot « forêt » vient du latin sylva, je soupçonnais qu’il y avait un lien aussi réel que caché entre le caractère sauvage de mon père et son prénom.
J’ai le sentiment que cette connaissance instinctive est du même ordre que celle qui explique aussi bien mon engagement spontané dans la lutte pour l’indépendance du Québec que mon désir irrépressible d’écrire une œuvre littéraire, tous deux bien antérieurs à mon inscription, en 1963, au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) et à l’écriture de mon premier ouvrage littéraire, Renaissance en Paganie, soumis à la fin de 1986 à l’Hexagone dirigée par Alain Horic, alors que je m’en allais sur mes 52 ans.

Le destin a voulu que je naisse rue Bellechasse, dans un quartier de Montréal dont le développement urbain s’arrêtait à quatre rues au nord, ouvrant de vastes champs et boisés à mes jeux et à mon imaginaire.
Mes parents venaient d’immigrer dans la métropole, ma mère arrivant de Saint-Hyacinthe et mon père de Saint-André-Avellin. Je n’ai jamais su comment ils s’étaient rencontrés, mais j’ai rapidement compris qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. Il n’en faut pas pour autant conclure à une enfance malheureuse. Aussi peu intéressée que mon père par son rôle de parent, ma mère ne s’occupait pas de ses enfants, si ce n’est pour les contraindre à se plier aux lois du milieu et de l’époque, sans prendre la peine de les justifier. Les enfreindre n’impliquait dès lors dans ma tête d’enfant aucun manquement à la morale et m’épargnait tout sentiment de culpabilité.

Je dois ainsi à mes parents d’être devenue une personne libre et d’en avoir été consciente dès l’âge de raison.

Quelques années plus tard, je découvrais qu’on ne peut exercer pleinement sa liberté individuelle dans une société qui bafoue les droits et la dignité de ses citoyens. J’entrepris donc, en 1946, mon premier porte-à-porte, visitant parents, amis et voisins pour les convaincre de la légitimité de la lutte des ouvriers de la mine Noranda. Un cousin de ma mère y travaillait. Je répétai l’opération en 1948, cette fois pour appuyer la campagne en faveur de l’adoption de la loi dotant le Québec d’un drapeau national. À l’école, que je dus quitter en huitième année, je me battais contre la pensée dominante qui enseignait que les Canadiens français étaient nés pour un petit pain qu’ils ne sauraient de surcroît gagner qu’en étant bilingues.

Puis survint la littérature, l’événement majeur de ma jeunesse autodidacte. De Villon et Montaigne à Rimbaud et Sartre, j’ai lu, entre seize et vingt ans, toutes les grandes œuvres de la littérature française et, en traduction, celles des littératures russe et espagnole. Avec passion et éblouissement, chacune me révélant la puissance des mots, l’infinie diversité des destins et, dans le même souffle, l’universalité du désir humain de liberté et la nécessité dans laquelle se trouvent tous, hommes et femmes, de se battre pour elle, individuellement et collectivement. Ma découverte la plus foudroyante demeure néanmoins l’œuvre de Gaston Miron qui, un soir de mai 1956, m’a lui-même déclamé quelques-uns de ses premiers poèmes.
J’ai épousé en 1957 un immigrant italien qui m’a séduite par ses comportements libres et combatifs. Contrairement aux jeunes hommes de mon entourage qui pliaient l’échine devant les attitudes méprisantes des colonialistes canadiens-anglais, Febo Ferretti exigeait d’eux qu’ils lui parlent français chaque fois qu’il était mis en leur présence. Nous eûmes trois enfants et une vie commune aussi périlleusement mouvementée que durable, jusqu’à la mort de ce conjoint d’exception.

Devenue membre du RIN en 1963 après plusieurs années de militantisme quotidien, je fus élue vice-présidente en 1967. Quelques mois plus tard, je quittais le parti, en profond désaccord avec les autres membres de la direction qui voulaient le saborder au profit du mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque qui allait bientôt devenir le Parti Québécois.
À la suite de la proclamation, en 1970, par le gouvernement Trudeau de la Loi sur les mesures de guerre, je fus arrêtée et emprisonnée. Accusée d’appartenance au FLQ, je fus incarcérée cinquante et un jours. Je raconte les événements de cette détention vécue avec d’autres militantes, toutes des femmes merveilleusement libres, dans «Octobre de lumière», l’un des récits composant La vie partisane.
Depuis le début des années 1980 l’écriture sous toutes ses formes ne cesse de m’entraîner dans son sillage. Les discours politiques cèdent une place sans cesse grandissante à l’analyse historique, à la réflexion philosophique et à l’œuvre de fiction. Sans rupture toutefois, puisque chez moi comme chez tous les écrivains, ainsi que le démontrent les histoires de la littérature, l’œuvre n’existe qu’enracinée dans le cœur d’une lutte contre toute forme de domination.
J’ai maintenant soixante-dix ans. Je lutte toujours pour l’indépendance du Québec avec l’espoir de ne pas mourir sans la voir advenir. De même, j’espère avoir le temps d’écrire – selon mes exigences – le roman qui me hante depuis plus de trente ans sur la nature de la liberté et sur la joie qu’elle peut seule donner.





:: Prix et distinctions de l'auteur



:: Du même auteur chez Ville-Marie Littéature

Roman non autorisé, Les Éditions de l'Hexagone, 2011
Bénédicte sous enquête, VLB éditeur, 2008
L’été de la compassion, VLB éditeur, 2003
Grands textes indépendantistes, Les Éditions de l'Hexagone, 1992
Renaissance en Paganie, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
La vie partisane, Les Éditions de l'Hexagone, 1991