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Anne-Marie Sicotte




:: Notice Biographique

Après des études en histoire et quelques années de journalisme, Anne-Marie Sicotte se consacre à l’écriture sous de multiples formes. Passionnée par la découverte du passé, elle a publié deux importantes biographies, celles de Marie Guérin-Lajoie et de Gratien Gélinas, rééditée cette année chez TYPO, en plus de s’intéresser à la photographie ancienne. Mais la fiction l’interpelle depuis fort longtemps et, en 2003, elle publiait un premier roman, Les amours fragiles. Elle a également publié la saga historique romanesque Les Accoucheuses.

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:: Résumé de carrière

Née au sein d’une famille d’écrivains, j’ai pondu mes premiers romans d’aventure à l’âge de dix ans. J’ai dû cependant noircir des milliers de pages avant de me retrouver sur les rayons des librairies… Mon lectorat initial fut constitué de mes consoeurs et confrères étudiants de l’Université de Montréal, où j’ai obtenu en 1984 un baccalauréat en histoire et en anthropologie tout en signant des papiers dans les pages de plusieurs journaux étudiants (Le Sablier, Continuum et Parenthèses).J’ai ensuite poursuivi mes activités journalistiques au sein de plusieurs revues et journaux, en tant que collaboratrice ou rédactrice en chef (Magazine M, Liaison Saint-Louis, La Criée, Vélo Mag). Cependant, dès mon entrée dans le monde professionnel, j’ai pu allier ma passion pour la science historique avec celle de l’écriture, en acceptant la responsabilité de deux publications de vulgarisation historique pour le compte du Lieu historique national du Canal de Lachine, à Montréal, soit le journal mensuel L’Éclusier et la brochure De la vapeur au vélo : le guide du Canal de Lachine.  Pendant ce temps, ma perspective sur mon grand-père changeait du tout au tout : de « grand-bonbons », Gratien Gélinas devenait un homme vieillissant que je craignais de voir disparaître, emportant avec lui les secrets de sa vie d’artiste… Armée de mon magnétophone, je me suis mise à l’interroger et c’est ainsi que je me suis laissée peu à peu emporter par le projet stimulant d’écrire la première biographie complète à son sujet. J’y ai tenté de rendre justice, de façon originale, autant à la fragilité de l’homme qu’à la révolution qu’il a opérée dans l’imaginaire collectif canadien-français.Dans La Ferveur et le Doute, j’ai déroulé le fil de sa vie selon les deux principales lignes de force de son tempérament : celles qui ont fait de lui un créateur fervent et acharné, mais perpétuellement miné par l’insécurité et le doute. Il s’agissait de montrer la vie d’un homme qui inventait une dramaturgie, mais pour qui la quête de reconnaissance a constitué le drame intime de sa vie, même si on lui a décerné de grands honneurs, même si le public en a fait son « enfant-chéri ».Les années 1994 à 1996 furent donc, pour moi, fertiles en naissances : non seulement les deux tomes de la biographie de cet homme de théâtre, mais également mes deux aînés, Sarah et Antoine. Tout en concluant cette vivante trilogie avec Étienne, mon petit dernier, j’ai tenté de fusionner à mon amour pour la photographie une préoccupation majeure, celle de mettre les richesses et les enseignements du passé à la portée du grand public.Sollicitant nos sens et nos émotions, les vieilles photographies évoquent « l’ancien temps » de manière agréablement vivante et suscitent un éveil à la science historique comme peu d’ouvrages savants peuvent le faire. Dans ce sillage, j’ai donc engendré trois livres. Le plus ancien, Quartiers ouvriers d’autrefois, 1850-1950, raconte en images l’industrialisation des villes de Sherbrooke, Québec et Montréal, passage tumultueux entre l’ancienne société agricole et le monde contemporain.L’idée des deux ouvrages suivants m’est venue au cours de mes recherches sur la place de la religion et le discours « sacré » dans l’histoire de notre province. J’ai d’abord réalisé qu’il était impossible de faire l’histoire des femmes tout en niant l’importance passée des religieuses, comme nous avons eu tendance à le faire depuis la fin de la « grande noirceur ». Femmes de lumière : Les religieuses québécoises avant la Révolution tranquille, est ma modeste tentative pour remettre ces images dans notre mémoire collective.Dans cette même veine, j’ai voulu faire découvrir aux jeunes un Québec difficile pour eux à imaginer. Submergés par les valeurs morales de la toute puissante religion catholique romaine, les Canadiens français ont longtemps vécu sous un véritable régime de terreur fondé sur la peur du péché et de l’enfer. Avec la complicité du gouvernement civil, en s’appuyant sur une puissante imagerie et un cérémonial grandiose, la Hiérarchie ecclésiastique a régné sans partage sur les âmes pieuses de la province : c’est du moins ce que dévoile Les années pieuses, 1860-1970 (à paraître en octobre 2007).Mais résonnait de nouveau en moi l’appel de la biographie, qui fournit un extraordinaire recul pour observer les actes humains. J’ai réalisé un jour que l’une des plus importantes féministes québécoises de tous les temps était honteusement ignorée, notamment parce que le récit de sa vie dormait encore dans de nombreuses boîtes de documents d’archives! J’ai donc sauté à pieds joints dans la recherche et la rédaction de ce qui est devenu une monumentale biographie, soit Marie Gérin-Lajoie : Conquérante de la liberté, paru en 2005.Entre-temps, je vous l’avoue, j’aspirais à retrouver une liberté créatrice quelque peu ensevelie sous des montagnes de documents et de notes… L’appel de la fiction murmurait en moi comme le ressac de la marée depuis ma prime jeunesse mais, surtout, depuis qu’une de mes nouvelles se méritait en 1992 le grand prix du concours annuel du journal Voir (reprise dans l’ouvrage collectif Circonstances particulières).Ce désir profond, je l’ai d’abord assouvi au moyen de deux courts récits biographiques romancés : Justine Lacoste-Beaubien, Au secours des enfants malades et Gratien Gélinas, Du naïf Fridolin à l’ombrageux Tit-Coq. Constatant que ma prose romanesque n’effrayait personne, j’ai remis en chantier un roman dont la trame, soit un huis clos pendant lequel une jeune femme se rebelle devant les silences et les fuites de ses parents qui l’ont laissée grandir dans une grande solitude, était née une quinzaine d’années d’auparavant. C’est ainsi que s’est finalement achevé Les amours fragiles, paru en 2003. Mon second roman, Le lutin dans la pomme, a pris racine quelques mois après les événements tragiques de septembre 2001, à New York. J’ai eu envie de raconter la guerre aux enfants et, en même temps, de leur faire ressentir le changement historique. J’ai incarné ces deux thèmes à travers la destinée d’un lutin séparé de sa famille par la guerre et qui, devenu très âgé, demande à une fillette, Ernestine, de l’aider à la retrouver.Ce qui nous amène à la saga historique Les Accoucheuses, dont le premier tome est paru en 2006. C’est en fréquentant Marie Gérin-Lajoie par archives interposées que se sont construits mes deux personnages principaux féminins, des femmes de tempérament professionnellement ambitieuses.  J’étais mûre pour affronter l’art difficile du roman historique, où la trame romanesque doit fusionner harmonieusement avec une juste mesure de renseignements historiques.


:: Du même auteur chez Ville-Marie Littéature"

Gratien Gélinas en images, VLB éditeur, 2009

Gratien Gélinas., Typo, 2009

Les accoucheuses - tome III, VLB éditeur, 2008

Les accoucheuses - tome II, VLB éditeur, 2007

Les accoucheuses - tome I, VLB éditeur, 2006

:: Entretien avec l'auteur

Entretien avec Anne-Marie Sicotte pour «Gratien Gélinas en images».


En quelques mots, comment présenteriez-vous vos livres ?
Pour célébrer son centième anniversaire de naissance, j’offre un portrait de celui qui fut le Roi des Amuseurs, mais aussi un homme au cœur fragile. Au moyen d’un livre d’images et de la réédition de la biographie que j’ai faite de lui il y a une douzaine d’années, je veux rappeler au public que ce p’tit Montréalais, pas trop beau de sa personne, mais passionné des arts de la scène, fut la plus grande vedette du Canada français tout entier pendant un quart de siècle.
Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ces ouvrage ?
Celui qui fut l’enfant chéri des foules se trouve à être également mon grand-père. J’avais déjà une connaissance intime de lui, que j’ai enrichie par de sérieuses recherches en archives, pour écrire La ferveur et le doute. Par ailleurs, à l’occasion de son centième anniversaire de naissance, j’ai eu envie de mettre sa vie sous nos yeux. Il mérite toute notre attention, non seulement à cause des œuvres qu’il nous a léguées, mais aussi parce que, de Saint-Tite à Broadway, son existence fut une fabuleuse odyssée !
Pourquoi faire cet hommage en forme de livre d’images ?
Depuis longtemps, je suis fascinée par l’histoire, qui nous fournit un extraordinaire recul pour observer les actes humains. Sollicitant nos sens et nos émotions, les vieilles images évoquent « l’ancien temps » de manière agréablement vivante et suscitent un éveil à la science historique comme peu d’ouvrages savants peuvent le faire. Étant donné que les archives de Gratien Gélinas contiennent un nombre impressionnant de documents de toutes sortes, j’ai jugé pertinent de garnir les pages de l’Album des images les plus belles et des plus significatives, qui témoignent éloquemment d’une vie entière consacrée aux arts de la scène.
Pourquoi offrir au public une réédition de la biographie La ferveur et le doute ?
Au moment du centième anniversaire de naissance de Gratien Gélinas, l’occasion était trop belle pour la laisser passer ! Cette biographie, indispensable à quiconque s’intéresse à l’histoire des arts au Québec, sera enfin accessible à un plus large public. Par ailleurs, La ferveur et le doute est un portrait en profondeur d’un homme complexe, tantôt adorable et tantôt détestable, et sous cet angle, l’ouvrage devrait intéresser les nombreux amateurs de biographies. Enfin, j’ai tenté de mettre au jour une vraie personnalité d’artiste, une âme de créateur, avec ses petitesses et ses démesures.